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26/11/2025
Que font les blaireaux en hiver ?

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L’idée que le Blaireau d’Europe (Meles meles) hiberne en hiver est assez répandue. Pourtant, c’est faux.


L’hibernation correspond à un état de léthargie profonde caractérisé par une baisse importante des paramètres vitaux (rythme cardiaque, température corporelle, rythme respiratoire, etc.). Chez le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus), par exemple, la température corporelle chute de 35 °C à 5 °C ; le rythme cardiaque passe de 200-250 battements par minute à seulement 5-15. Le retour à l’état d’éveil est un processus lent qui peut durer plusieurs heures.


Pour l’Ours brun (Ursus arctos), on utilise parfois à tort le terme d’hibernation. Le mot approprié est plutôt « hivernation ». En effet, la torpeur n’est pas aussi profonde que l’hibernation. La température corporelle baisse assez peu, d’environ 5 °C. Le rythme cardiaque passe de 40-50 battements/minute à une dizaine. L’ours ne s’alimente plus et un bouchon fécal se forme dans l’intestin pour éviter notamment l’évacuation involontaire de matière et les infections bactériennes extérieures. L’organisme de l’ours est également capable de recycler l’urée produite par le corps. L’animal peut demeurer dans cet état pendant plusieurs mois. Le réveil est plutôt rapide, quelques dizaines de minutes.


Le blaireau, quant à lui, peut également rentrer dans une certaine « léthargie hivernale » mais qui n’est pas comparable à celle de l’ours. Pour ce qu’on en connaît, seule la température corporelle peut baisser de quelques degrés (généralement 2 à 3 °C, plus rarement jusqu’à 9 °C) et le rythme cardiaque diminuer (jusqu’à 50%). Cette « torpeur » n’est cependant pas systématique, elle va essentiellement dépendre des conditions climatiques. Lorsque la couverture neigeuse et/ou le gel du sol rendent impossible l’accès à la nourriture (Par exemple dans les régions d’Europe du Nord et de l’Est), les blaireaux peuvent passer des périodes assez longues sans s’alimenter et sans sortir de leur terrier. Ainsi, cette léthargie va permettre de limiter les dépenses énergétiques et éviter une trop rapide consommation de graisses accumulées à l’automne.


À l’inverse, dans les régions où les conditions hivernales sont assez clémentes, sans longue période de neige ou de gel prolongé (comme c’est le cas dans une bonne partie de la France et des pays limitrophes), la situation est différente. Dans ces zones, les blaireaux conservent une activité tout l’hiver, même si la durée de leurs sorties hors du terrier diminue par rapport au reste de l’année. Cette baisse semble s’expliquer, au moins temps que les températures sont positives, par la disponibilité de ressources alimentaires facilement accessibles, telles que les lombrics, assurant une satiété assez rapide. On a effectivement pu observer des blaireaux, en fin de nuit, restant plusieurs heures devant le terrier – et même se livrant à une sieste ! – par des températures ne dépassant pas les 5 °C. Un tel comportement n’est guère compatible avec une stratégie de réduction de la consommation énergétique.

Toujours dans ces régions aux hivers peu rigoureux, plusieurs nuits consécutives avec des températures inférieures à 0 °C sont généralement nécessaires pour que les blaireaux réduisent éventuellement leur temps passé à l’extérieur du terrier. En cas de neige ou de gel continu, qui ne dure souvent que quelques jours, les blaireaux passent généralement moins de temps à l’extérieur du terrier, parfois seulement quelques dizaines de minutes. On ignore toutefois si le repos dans le terrier, qui peut donc approcher les 24 heures, s’accompagne de moments de léthargie.


En résumé, les blaireaux n’hibernent pas. Ils n’hivernent pas non plus. Ils peuvent éventuellement rentrer dans une léthargie légère, mais uniquement lorsque les conditions climatiques empêchent de trouver de la nourriture.




Rédaction : Yann Lebecel